19 - Origine sociale des conjoints

Deux particularités dans ces tableaux (414) : on s'allie de plus en plus dans la roture au XVIIIe siècle; bourgeoisie prêteuse en ville ou gros laboureurs du cru. L'origine géographique change elle aussi. Ils vont chercher leur conjoint dans une zone très proche de leur résidence.

La noblesse ne se transmet que par les mâles; donc, un gentilhomme peut épouser une roturière, mais inversement, il y a mésalliance. Malgré cela, les parents n'hésitent pas à placer leurs filles dans des familles de bonne bourgeoisie. Il y a donc éparpillement, dilution dans la population, osmose entre différentes catégories sociales. Mais, sans parler de véritable stratégie matrimoniale, il y eut sans doute des choix délibérés pour maintenir l'unité du patrimoine.


La grande singularité de cette famille réside dans ses résultats migratoires. La plupart des familles nobles du Cotentin ont connu une ascension sociale de la branche aînée, dès le XVIIe siècle, au détriment des branches cadettes qui menèrent une vie moins brillante. Cette ascension fut possible grâce à l'achat d'offices de justice et à une politique matrimoniale persévérante. Les Fortescu, au contraire, ont maintenu leur rang en émigrant.

Déplacements vers la ville, pour des raisons économiques. Ainsi les Fortescu-Langlet de St-André-de-Bohon vont s'installer à Carentan parce que leurs pères avaient dérogé.

Déplacements d'un cadet qui va tenter sa chance à Valognes, en 1660. Cette émigration lui réussira : dès la fin du siècle, ses enfants épousent des filles de bonne noblesse locale. Au XVIIIe siècle se crée une réelle stratégie matrimoniale, avec des alliances dans l'office : beaux-pères gardes-marteau des eaux et forêts, lieutenants généraux, civils et criminels en l'amirauté de France, beau-frère lieutenant particulier au bailliage de Valognes...

Ainsi se tissent des liens familiaux larges et privilégiés, sous la houlette du parent puissant : Jean Guillaume Piquod de Russy, prêtre, seigneur et curé d'Alleaume, personat de St-Clair, seigneur et patron de Brillevast, Boutron, Ste-Honorine-sur-la-mer, Sorteval, Grandval, etc..., titulaire et recteur de la chapelle de Notre-Dame de la Victoire, directeur de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu de Valognes.

Pendant ce temps, les aînés restés sur leur coin de terre, épousent des filles roturières de la petite bourgeoisie, voire de la paysannerie locale, aux dots bien légères, et ils accumulent les dettes.

Enfin, dès 1640, Jacques de Fortescu émigrait dans le Calvados. Nous n'avons pas étudié sa descendance. Signalons tout de même, dans l'élection de Bayeux (au XVIIIe siècle) :
- Etienne de Fortescu, écuyer, époux d'une demoiselle mineure, fille de Charles de la Folie, écuyer; mentionné dès 1734 à Colombières et à Mestry (415) (416).
- François de Fortescu, écuyer, demeurant à St-Sauveur de Bayeux, décédé avant 1734. Sa veuve, Jacqueline du Châtel, veuve en premières noces de Pierre de Boran, écuyer, seigneur de Sémilly, est signalée à Commes et à la Folie (417) (418).
- Jean François de Fortescu, écuyer; mentionné en 1734 et en 1750 à Mestry (419).
- N. de Fortescu de Corainville, écuyer, décédé avant 1734; sa veuve, demoiselle Anne Marguerite de la Basonnière, présente en 1734 à Mestry (420).
- La veuve et les héritiers d'un sieur de Fortescu, écuyer, représentant Gérard Busnel, écuyer; signalés au Molay-Littry (421).
- En 1756, un Fortescu était aide-major dans le bataillon garde-côte de Grandcamp (422).

Jusqu'en 1450, les Fortescu évitèrent les mésalliances; leur activité militaire leur permit d'acheter des terres. Après la victoire des Français à Formigny, ils se déplacèrent plus au sud, dans la région de St-Lô.

Dès 1640-1650, ils connurent divers revers de fortune. Cette période de crise entraîna la régression sociale de la famille. La branche de la Vieille-Court n'a plus ce fief dès 1648, à la mort de Nicolas de Fortescu. Quant au fief de Langlet, il fut échangé en 1640 pour liquider, semble-t-il, une situation financière difficile. Trente ans plus tard, il retournait à la famille, dans des circonstances bien mystérieuses. La régression se traduisit également à travers la dérogeance d'une des branches cadettes. Seuls les descendants de l'émigrant valognais, maintinrent leur rang et l'unité de leurs biens au XVIIIe siècle.

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