REF 042 - Famille de Grimouville - Jehan Fortescu

FAMILLE GRIMOUVILLE

Jean de Grimouville, seigneur de Carantilly, auquel vers 1395, Jeanne d'Anneville de Tournebu avait été mariée, appartenait à l'une des familles les plus anciennes et les plus considérables de la région coutançaise. Elle était originaire de la paroisse de Cenom. Leur fief de Grimouville, dans la mouvance du comte de Mortain, devait, en temps de guerre, quarante jours de garde à la Barre de Montfautrel.

Quatrième enfant de Jean de Grimouville et de Jeanne de Folligny, il allait créer la branche des Grimouville de Tournebu, Azeville et des Maretz en Nacqueville.

Entre 1417 et 1419, meurt Jean de Grimouville, laissant quatre enfants :
 

  • Jehan de Grimouville, sgr de Carantilly, marié à Marie de Semilly, Dame de Vaubadon.
  • Olivier de Grimouville. sgr de St Martin le Vieux.
  • Guillaume de Grimouville
  • Colette de Grimouville, mariée à N H Landry du Saussey.
C est vers la fin de 1421, ou dans le cours de l'année suivante qu'eut lieu la nouvelle union de la fille et unique héritière de Guillaume d'Anneville avec Jehan Fortescu.

Jehan Fortescu, chevalier, rallié à la cause anglaise et qui, de 1424 jusqu'à la fin de l'occupation étrangère, exerça la fonction de garde du scel des obligations en la Vicomté de Valognes. Avec son futur beau-père Guillaume d'Anneville, seigneur de Tournebu, il fut comme gentilhomme, appelé à servir d'arbitre dans le litige soulevé entre l'Abbé de Montebourg et Guy Malet chevalier, seigneur de Graville et de la Brisette. Dans la charte relatant le fait, Jehan Fortescu y était qualifié, " écuyer, seigneur ". Ce fief du Bisson étant assis en la paroisse de Ste Marie du Mont.
 
" d'argent à trois bandes d'azur "
Jusqu'en 1418, nous perdons toute trace de
Jehan Fortescu mais alors, en ces jours néfastes où toutes les places fortes du Cotentin tombaient les unes après les autres sous le joug anglais, nous le retrouvons gouverneur de la forteresse du Pont d'Ouve, et la rendant le 27 mars aux deux chevaliers anglais ; Jean de Robessant et Guillaume de Beauchamp, commis par le duc de Gloceister pour traiter de la dite reddition. C'est lui qui reçoit la capitulation de Saint-Lo. Diverses récompenses lui sont attribuées :
 
  • Le 20 septembre 1419, expédition du don fait à Jehan de Fortescu, écuyer de le laisser jouir de ses héritages, était adressée aux Baillis de Caen et du Cotentin.
 
  • En janvier 1421, le dit écuyer était nommé, pour un an Grand Louvetier du bailliage du Cotentin. Depuis 1419, les terres étaient restées incultes, les bêtes fauves se multiplièrent tant dans cette partie de la Normandie que "plusieurs créatures humaines "y avaient été dévorées, et qu'il y régnait une véritable terreur. La prime fixée était 2 d. pour un loup, 4 d. pour une louve, à percevoir sur chacun feu demeurant à 2 lieues à la ronde là où les dits loups ou loupves seront prinses"
 
  • En décembre 1422, il était fait chevalier et bientôt élevé à la charge de Garde du Scel des obligations de la Vicomté de Valognes, transformée momentanément en Vicomté de Cherbourg.
 
  • Autre récompense : la mise en possession de la terre et seigneurie de la Boissaye domaine assis en la paroisse de St Martin d'Audouville et qui, alors, Confinait aux terres de la Seigneurie de Tournebu. Ce fief le seigneur de Tournebu le perdra lors de la révolution normande, où tous les fiefs du Cotentin, confisqués au profit des partisans de la cause anglaise furent rendus à leurs anciens et légitimes propriétaires.
En 1429, Jehan Fortescu dut pendant quelques mois quitter ses paisibles fonctions de garde du Scel pour reprendre les armes. Est-ce pour protéger les renforts qui s'acheminaient vers Orléans, est-ce pour combattre, nous ne savons. Le chevalier Jehan Fortescu, seigneur de Tournebu, aurait pu se trouver aux prises avec Jehan Malet, sire de Graville, seigneur de la Brisette, le grand maître des Arbalétriers de France. Fin 1430, le Seigneur de Tournebu avait repris ses fonctions de garde du Scel de la Vicomté de Valognes.

Pendant l'occupation anglaise, -1432 -, la Brisette elle-même est confisquée à son légitime propriétaire Jehan Malet, sire de Graville. Elle est donnée au chevalier anglais Jehan de Drosey, secrétaire de Henri VI. Si le procureur de la Brisette veillait ainsi à faire respecter les droits de son maître,
Jehan Fortescu ne négligeait pas de son côté les intérêts de la Maison de Tournebu. C'est ainsi en particulier qu'en 1433, il obligeait un des onze arbitres appelés dans l'affaire de l'emplacement des Esseaulx du moulin de l'étang, Michel Gabey à lui rendre aveu pour partie du Camp Cauvet fieffé à cette famille en 1400 par le seigneur de Tournebu. Le camp Cauvet, 48 vergées environ.

Mr l'abbé Adam, dans ses études sur Valognes, donne Jehan Fortescu comme garde des Sceaux des obligations de la Vicomté de 1424 à 1444. En réalité le chevalier garda cette charge jusqu'à la fin de l'occupation anglaise : à preuve la lettre du 11 septembre 1446 et deux autres, l'une du 27 mai 1448 (archives de Tournebu) et l'autre du 9 juin 1449 (archives de l'église de Tamerville.)

Croix des anglais à Huberville le 15 avril 1450, l'armée anglaise se fit battre en la célèbre journée de Formigny. Les fuyards anglais qui, regagnant la place de Cherbourg, eurent, prés du Castelet, le jour de la Pentecôte 1450, une rencontre avec les habitants de Valognes. Complètement défaits, ceux qui purent échapper furent massacrés sur le territoire d'Huberville, au lieu dit : " La croix des Anglais ".

Sous l'épiscopat d'Etienne Martel, évêque de Coutances de11552 à 1560, Guillaume de Grimouville le vicaire général, est presque seul chargé du gouvernement de tout le diocèse. En 1528, encore dans toute la force de l'âge, il fait son testament au profit du fils aîné de son frère, Jean de Grimouville. On aimerait savoir les motifs pour lesquels il écartait son frère aîné et instituait de préférence, pour son légataire universel et son exécuteur testamentaire, son neveu le fils aîné du seigneur de Tournebu. Dans ce fait y a-t-il matière à établir un rapprochement avec les difficultés pécuniaires dans lesquelles ce Seigneur semble s'être trouvé, en ces années où, en relation avec Anne de Graville et son mari Pierre de Balzac, on le vit exerçant les pouvoirs de Procureur et Receveur de la terre et seigneurie de la Brisette. Ces embarras d 'argent chez le seigneur de Tournebu, se manifestaient, dés l'année 1518 où il commence toute une série d'emprunts gagée sur telle ou telle partie de ses terres : en 1520 et en 1529 Par contre "vénérable et Scientifique Personne Maistre Guillaume de Grimouville " rachetait ce que vendait son frère.

Nous ignorons à quelle date fut conférée l'officialité à Maistre Guillaume de Grimouville, prêtre "licencié en chacun droit " nous savons qu'il occupait cette charge en décembre 1524, quand le 7 décembre, il reçut collation définitive de Sainte Marie de Tamerville après résignation de sa cure de Liesville. Quand à la cure de l'église paroissiale de Granville, - la grande portion -, alors vacante par la mort de son dernier curé, Maistre Jean Poissons, elle lut avait été Conférée le 17 mai 1523, sur présentation de Damoiselle Guillemette de Folligny, veuve de Pierre d'Argouges, en son vivant, seigneur temporel de Granville et de Gratot, et Gilles d'Argouges fils dudit Pierre. Ces derniers étaient d'arrières cousins de Guillaume de Grimouville.

Ces relations de famille étaient à la veille de se rajeunir et peut-être Messire Guillaume de Grimouville n'y fut-il pas étranger. Vers 1560 nous verrons Pierre de Grimouville, seigneur d'Azeville et des Marestz, épouser Damoiselle d'Argouges fille de Gilles d'Argouges et petite-fille de Guillemette de Foligny, Dame de Granville.

Les archives de Tournebu nous permettent de montrer que ce prêtre éminent, licencié " in utroque jure " n'attendit pas à être vicaire général pour s'intéresser aux affaires de sa famille. Quant à l'élévation de ses sentiments, il suffit pour l'apprécier de lire son Testament qui date de 1528, alors qu'il était encore dans la force de l'âge :
" Moi Guillaume de Grimouville, prêtre, désirant de toutes mes forces, comme il convient, voir affermir les catholiques dans la Foi, l'Espérance et la Charité, en vue de mériter la grâce et la miséricorde de Notre seigneur Jésus-Christ qui nous a rachetée de son précieux sang, gravement pénétré de ces choses, j'établis mon Testament ou codicille, en déclarant qu'il ne faut pas donner foi à aucun autre par moi fait antérieurement.

D'abord, je supplie qu'à mon décès, mon cadavre soit déposé dans une sépulture ecclésiastique avec les catholiques, sans aucune pompe funéraire mais aussi religieusement que faire se peut, avec un service des défunts le jour même de ma mort ; selon l'usage, je veux que tous les prêtres y assistant reçoivent conformément à une louable coutume chacun 2 tz pour toute messe, qu'ils la célèbrent au lieu de ma sépulture ou ailleurs pour éviter trouble scandaleux ou indévotion. Je veux que mes dettes soient intégralement payées. Je lègue aux églises paroissiales ou conseil de fabriques, à savoir Ste Marie de Granville, 1O L tz, Ste Marie de Tamerville 5 tz, Ste Marie de Liesville pareille somme. Je veux que chaque jour pendant un an, à partir de mon décès une messe soit célébrée pour le salut de mon âme. D'autres aumônes prises sur mes biens seront faites, j'en laisse l'ordonnancement à mon exécuteur qui est Jean de Grimouville fils naturel et légitime de mon frère aîné Jean de Grimouville que, pour certains motifs, je laisse de côté. Et auquel Jean de Grimouville, fils de mon frère, choisi pour être l'exécuteur de ce testament, à lui seul je donne et je laisse tous et chacun de mes biens, à charge d'exécuter de qui précède. Qu'il dispose du reste, partie en ausmosne pour procurer à ses frères et sœurs le vivre et le vêtement, et l'autre partie pour ses besoins personnels... Pour la force de cet écrit, expression de ma dernière volonté et pour confirmer chacune des choses qui y sont contenues, je signe de mon signe manuel, ci apposé ce présent testament, entièrement écrit de ma main, l'an 1528, le 21 jour d'août. "

signé: de Grimouville.
 
 
 
C'est en 1538, dit Toustain de Billy que Guillaume de Grimouvllle, chanoine de Coutances, commence d'entrer dans les affaires par être vicaire général substitué. Le 23 novembre 1542, Guillaume de Grimouville résigne purement et simplement son bénéfice de curé de Tamerville. Il est remplacé à cette cure par son neveu Guillaume de Grimouville. Après six années de contestation, le jeune Guillaume gardera la cure jusqu'à sa mort en 1580. En 1549, le vicaire général prend possession du siège de Coutances au nom du nouvel évêque Payen d'Esquetot.
 
Sous Jean II de Grimouville apparaît dans la paroisse de St Germain une nouvelle famille les P A S S E M E R dont la descendance perpétuée jusqu'au XX éme siècle.
 

  • Frédéric et Albert Passemer. au village de la Queue.
  • Pierre Passemer au Mont Perret
  • Alexandrine Passemer dame Lefrançois.
  • Marie Passemer dame Gibert à la Bréviére
Fin 1543 ou 1544, mort de Jean I de Grimouville. La pierre tombale, disparue lors de la transformation du chœur de l'église en 1897, se trouvait côté de l'évangile, vers le milieu, formant pavé prés de la muraille.

Fin 1546,Maistre Robert Bavent meurt ainsi que Thierry Bavent, en 1549 ; l'héritage va être acheté par l'une des héritières a sa sœur pour être donné aux de Grimouville en 1549. B avent mais pas la Bouessaye qui échut à Adrien Dursus, écuyer, fils du Seigneur de Lestre.

1549, année où commence l'apogée de la puissance de Guillaume de Grimouville. En 1551, Mgr Payen d'Esquetot, venant dans son diocèse de Coutances le confirme comme Grand Vicaire. Puis Etienne Martel, nouvel évêque de Coutances, l'établit grand vicaire et c'est en qualité de son procureur que Guillaume de Grimouville prît possession pour lui de l'évêché le 3 décembre 1552.
Le 2 février 1553, Guillaume reçoit les lettres de vicaire général.

Messire Guillaume de Grimouville se lie d'amitié et d'intérêt avec le seigneur du Mesnil au Val, le Sire de Gouberville.

En 557, Jacques de Grimouville devient Abbé commendataire de St Sauveur le Vicomte : il en était le 35 éme Abbé, d'après la "Gala christiania" le 37 éme selon d'autres. Ses grandes occupations ne l'empêchent pas d'entretenir en dehors de son Abbaye, des relations avec ses amis et membre de sa famille.
C'est ainsi qu'en 1562 nous le voyons assister au traité de mariage de sa nièce Marguerite de Grimouville. Pendant son règne Jacques de Grimouville eut à faire trois présentations à la cure de St Germain de Tournebu.

1562, Maistre Gilles Bourdée.
1570, Maistre Roger Ravenel.
1571, Maistre Guillaume de Grimouville, chanoine de Coutances et curé de Tamerville.

En 1560, Jean II de Grimouville fait aveu de sa terre et seigneurie. Au moment où il s'acquittait ainsi vis du Roi de ses devoirs de vassalité, il eut une autre grosse préoccupation : la liquidation de la succession de son frère, Maistre Jacques de Grimouville, abbé de St Sauveur le Vicomte, décédé le 17 novembre 1573. Entre autres dispositions testamentaires, ce Seigneur Abbé laissait deux fondations L'une d'obit et l'autre concernant la création d'une école à St Sauveur. Il fut inhumé dans son Abbaye au pied du maître autel avec cette inscription :

"  Jacobus de Grimouville, presbyter dum viveret, Abbas commendatorius qui obiit 17 novembris 1573. "

L'année qui suivit la mort de Maistre Jacques de Grimouville fut particulièrement agitée dans le Cotentin, par le fait des Huguenots tentant de nouveau d'en prendre possession. Alors que le fameux Colombiéres, avec ses bandes s'emparait de St Lo, le comte de Montgommery, débarqué le 11 mars 1574 à Linvinville, occupait successivement Carentan, les Ponts d'Ouve, le Pont-l'abbé, St Sauveur le Vicomte ... et bientôt arrivait devant Valognes ,défendu par le capitaine Cartot. Quinze jours durant il parcourt et ravage le pays jusqu'aux portes de Cherbourg où il pille l'abbaye du Vœu. On sait la fin de cette audacieuse équipée. Le 9 mai, poursuivi par Matignon et ses lieutenants, Montgommery s'enfermant dans le château de Donfront, et, le 27,il était réduit à capituler. Conduit à Paris et condamné à mort, Montgommery fût exécuté en place de Grèves.
Le 26 juin 1574. Le 18 juin suivant, Colombiéres, a son tour, succombait à St Lo.

C'est à l'occasion de ces luttes fratricides que, en 1574 et 1575, des subsides extraordinaires furent prélevés, par ordre de l'autorité royale sur le clergé de France. Pour sa part l'Abbaye de Notre Dame du Vœu était taxée à 700 L.tz et pour se libérer, elle dut vendre son fief d'Auvers à St Germain.
L'origine de ce fief, constitué dans la deuxième partie du III éme siècle par les frères Robert et Richard d'Auvers, seigneurs de Tournebu, confirmé et accru par les seigneurs et suzerains de St Sauveur le Vicomte, Léticie Néel, veuve de Jourdin Taisson et son second fils Roger Taisson vers 1179 et Jean d'Harcourt en 1284. La mise en vente du fief d'Auvers eut lieu à Coutances le 29 novembre 1575.
Le chanoine de Grimouville, curé de Tamerville mourut au début de 1580,impossible de savoir si ce fût à Coutances ou à Tournebu.

Déjà fort délaissé à la fin du XVI éme siècle, après la mort de Messire Guillaume de Grimouville, curé de Tamerville et de St Germain, le manoir de Tournebu le fut encore davantage au XVII éme siècle par Jacques de Grimouville dont la résidence habituelle était le château de Nacqueville. Il semble bien que ce seigneur ne fit à Tournebu que des séjours passagers pour lesquels il s'était réservés ainsi que le montrent divers baux, les chambres et le salon, tant au-dessus de la petite salle que des celliers. L'une des chambres en garde le souvenir et s'est appelée longtemps "  la chambre du Chevalier ".
A partir de cette date le nom s'écrit avec un "  Y " .

En octobre 1606, Jacques de Grymouville est à Rouen pour s'y faire recevoir Maistre particulier des aux eaux et forets au bailliage du Cotentin, malgré la présentation de Jean de Tourlaville.

Le 1 er mars 1609, baptême à Huberville de Jacques de Cussy, fils de Baptiste de Cussy, seigneur du lieu, nommé par Jacques de Grymouville.
Même cérémonie en 1609, à Valognes.

En 1613, meurt le curé de Brix, Pierre de Grymouville, frère de Jacques.

En 1626, trois ans après qu'il eut acquis le domaine de Filebec, le sieur de Beauchamps, écuyer, dut les rétrocéder moyennant remboursement à Jacques de Grymouville, sur clameur de ce seigneur qui le lui laissa à simple titre de fief.

A sa charge de Maistre aux Eaux et Forests au Baillaige du Cotentin depuis 1606, Jacques de Grymouville, seigneur de Tournebu et châtelain de Nacqueville joignait de plus en 1625, celle de Capitaine garde-côtes à la Hague.

Jean de Grymouville est nommé curé de Querqueville le 18 février 1606. En 1615, il est présenté et nommé par les bourgeois de Cherbourg et reçoit collation du prieuré de Cherbourg (Maison-Dieu de cette ville ), bénéfice qu'il garda jusqu'à sa mort. D'après Toustain de Billy, Jean de Grymouville, par acte du 13 novembre 1623, de Thomas Bourgoin, évêque de Coutances, fût établi official de Valognes et grand vicaire dans toute l'étendue de cette officialité En 1629, l'official Jean de Grymouville préside une commission d'enquête pour la béatification du vénérable prestre Thomas Hélye. Il décède en décembre 1638.
En 1626, un événement vient resserrer l'alliance des familles de Grymouville et Le Bourgeois.
Jacques le Bourgeois, jeune châtelain d'Octeville l'Avenel épouse sa cousine germaine Charlotte de Grymouville. Jacques le Bourgeois était le fils de Jean le Bourgeois marié à Demoiselle Françoise de Mouy, sœur de Charlotte de Mouy, dame de Nacqueville et mère de Charlotte de Grymouville.

Anoblis en 1507 en la personne de Robert, père de Jean et patron d'Héauville, de Nicolas, seigneur de Gruchy en Gréville, et de Jacques, sieur de Ste Croix à la Hague.

Les Le Bourgeois portaient "d'argent au croissant de gueules posé en cœur, accompagné d'hermines sans nombre.

C 'est vers la fin du XVI éme siècle que Jacques Le Bourgeois seigneur de Ste Croix, marié à Damoiselle Jeanne de Ste Mére-Eglise, avait acheté des Pellevey, l'antique Seigneurie et Terre des Avenel.

En 1567, Jacques Pellevey, esc. fils de feu Jean Pellevé, le second mari de Jeanne Faucon, veuve de Thomas Laguette, vicomte de Valognes, faisait hommage pour son fief d'Octeville l'Avenel.

Mort de Jean Le bourgeois, mai 1608. Jean le bourgeois, fils de Jacques, marié avec Françoise de Mouy, morte quelques mois auparavant en 1607, ainsi que sa mère Jeanne de Ste Mére-Eglise. Les archives de St Pierre-Eglise disent : " Jean Le Bourgeois, seigneur d'Octeville l'Avenel, en interceptant un cartel de provocation, avait préservé le seigneur de Grey, lieutenant de Matignon à Cherbourg, d'un guet-apens dans la forêt de Brix où Jean du Boulay voulait l'attirer pour l'assassiner. Celui-ci, furieux de ce contretemps, se rendit à Cherbourg le 16 mai 1608, escorté de Chardin Julien, dit Sordeval et de plusieurs autres. Il rencontre Le Bourgeois dans la rue de la trinité en compagnie de son cousin germain Robert Hervieu, seigneur de Courcy et se précipite sur lui l'arme au poing, en vomissant contre sa famille les injures les plus grandes. Le Bourgeois, en parant les coups de sa main gauche gantée, s'embarrassa dans ses éperons et tomba à la renverse. A l'instant du Boulay lui perça la gorge et le tua net. Hervieu voulut porter secours à son cousin ; Sordeval et du Boulay se ruèrent sur lui. Il tira l'épée et laissa le meurtrier sans vie sur la place ".

Le Corps de Jean Le Bourgeois fut transporté à Octeville et inhumé dans le chœur de l'église à côté de son épouse et de sa mère. Longtemps le deuil régna au manoir seigneurial d'Octeville jusqu'au jour où Demoiselle Charlotte de Grymouville, devenue Dame de Octeville en lieu et place de sa tante, vint égayer de ses grâces et de sa bonté.

Type accompli des grandes Dames chrétiennes du XVII éme siècles et dont un tableau de l'église à conservé les traits. Madame d'Octeville se complut, en maintes circonstances à remplir le rôle de parraine, non seulement prés des enfants de sa famille, mais aussi de ceux des paysans de ses Terres et des employés de sa maison. Toutes les mères du voisinage semblaient ambitionner l'honneur de l'avoir pour marraine de leurs filles. A Octeville, à St Germain comme à Nacqueville, on ne rencontrait que Charlotte. Les registres de catholicité nous en fournissent de nombreux exemples dans le genre de celui-ci. "  A St Martin d'Audouville, 26 juin 1650, Charlotte Dursus, fille de N.H. Jacques Dursus, esc Sr de la Boissaye et de Demoiselle Charlotte Le Bourgeois, nommée par Madame d'Octeville. "
Louis de Grymouville, futur Marquis de la Mailleraye, était qualifié de "seigneur de Tournebu ". Même du vivant de son Père, comme le prouvent les différents actes : " Louis, fils de N. H. Richard de Belleville, esc a esté nommé par N.H. Louis de Grymouville, esc sieur de Tournebu, le 26 mars 1635 ". Registre d'Alleaume.

Maître des eaux et forêts au bailliage du Cotentin, Chevalier fort riche, Jacques de Grimouville apparaît, en ces année, avec des allures de grand Seigneur, qui se manifestent jusque dans un contrat de fief de terres possédées par lui à Morsalines non loin du rivage.

C'est en 1635 que, pour la deuxième fois, Jacques de Grimouville nous est apparu avec la qualification de Chevalier, sans pouvoir dire depuis quelle date ce titre lui appartenait.

En octobre 1637, toujours acquéreur de rentes et de terres le Seigneur de Tournebu achetait en octobre 1637, de son ami Nicollas Michel esc seigneur de Beauchamp, de St Germain, un ténement de huit vergées sis au Lieu dit de St Germain et tenir de la Seigneurie de la Brisette.

En l'année 1638, le 10 juillet, en l'église de St Martin d'Audouville, Jacques de Grymouville, encore une fois parrain, donnait le nom de Jacques au fils nouveau-né de Jacques Dursus, esc seigneur de la Boissaye et de Charlotte Le Bourgeois.

Jusqu'à sa mort arrivée en novembre 1640, aucun autre Souvenir, relatif à ce Seigneur ne nous a été conservé. Son décès est enregistré en ces quelques mots au mémorial de catholicité de la paroisse St Laurent de Nacqueville : " Noble Seigneur Jacques de Grymouville a esté inhumé dans le cœur (sic) de l'église, le lundy XII éme jour de novembre 1640 ;"

 
Les nombreux contrats d'acquests au nom des Grymouville, montrent bien que la fortune de l'arrière petit-neveu de Miastre Guillaume de Grymouville, l'ancien vicaire général de Coutances, devait être considérable on en trouve confirmation dans l'état de la noblesse du Cotentin, présenté à Richelieu en 1640, et faisant connaître l'effectif que, les nobles des six vicomtés du " Grand Bailliage de Cotentin " pouvaient mettre en ligne lorsque le Ban et l'arrière ban les conviait à la défense du Royaume.

Aux paroisses de la Vicomté de Valognes, se lit en effet : - St Gernain de Tournebu : - appartient au Sieur des Maraitz qui porte le nom de Grymouville, bonne et ancienne famille de laquelle ont esté les barons de Larchant, chevaliers du St Esprit, capitaines des Gardes du corps soulz le Roy Henry Troisième ; celui-ci est un vieil homme, habile en affaire, Maistre des Eaux et Forets en la Vicomté. Avare, riche de 20 000 L. tz de rente de feu Messire de la Mailleraye. Avait épousé la sœur de feu Messire de la Mailleraye, lieutenant pour le Roy en Normandie... dont est sorti un seul fils, guidon des Gendarmes de Monsieur le Cardinal, homme de cœur, d'esprit lourd(sic) et de petite entreprise qui a hérité d'autres 20 000 L. tz de rente du feu sieur de la Mailleraye.

- Octeville l'Avenel : Jacques Le Bourgeois, esc. sgr et patron du lieu, porte l'épée, peut servir, riche de 3000 L. tz de rente... a espouzé la fille du sieur des Marestz, nièce de M. de la Mailleraye,

 
- St Germain de Tournebu : - Nicolas Michel, esc, homme povre et de peu de considération. Richard Michel, esc, de mesme ; Thomas et Adrien Michel, ezcuiers frères, de mesme ; Guillaume Michel, esc, id.

Les Passemer, reconnus nobles en 1598, sont passés sous silence. De fait à partir de la deuxième partie du XVII éme siècle, eux-mêmes ne sont plus dits "écuyers ".

- Huberville : Guillaume Vaultier, esc. Sr de Franqueterre, homme ancien, a deux fils dont l'ung est escuier du comte de Thorigny, riche de 700 L. tz de rente.

 
Quoiqu'il en soit des appréciations plutôt bizarres portées par le rédacteur du " Rôle de la noblesse du Bailliage de Costentin " tant sur Jacques de Grymouville que sur son fils, il se trouve que ce dernier, Louis-Pierre de Grymouville, unique héritier du Seigneur de Tournebu et de son oncle maternel et parrain Louis de Mouy, marquis de la Mailleraye, était riche do 40 000 L. tz de rente à la sort de son père.

Louis de Grymouville, devenu lui-même Marquis de la Mailleraye, en héritant de son oncle, succéda aussi de son père dans la charge de Maistre es eaux et Forests, au bailliage du Costentin. On trouve en effet aux archives de la Manche, - H 41O4 une sentence rendue par Louis de Grymouville, seigneur et châtelain de Nacqueville, des Marests et des St Germain de Tournebu, portant en 1641, que "les jugeurs, voyeurs, et vavasseurs défaillants et non légitimement excusés, demeureront condamnés, pour non comparence aux jours synodaux, chacun en soixante sous d'amende... ".

Les de la Mailleraye dont le titre et la fortune se trouvèrent ainsi transportés dans la Maison des de Grimouville, branche de Tournebu, vers 1640, portaient : de gueules fretté d'or de six pièces.
 

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Messire Louis de Grymouville devait être, à Tournebu, le dernier anneau de la lignée quatre fois séculaire des d'Anneville- de Grymouville. Le château de la Mailleraye, ayant été avec Paris, le lieu de leur résidence habituelle, leurs terres de Basse-Normandie, confiées à l'administration de procureurs, les voyaient rarement et tout comme le manoir de Tournebu, le château de Nacqueville, semble bien avoir été fort délaissé depuis la mort de Jacques de Grymouville. Le Marquis de la Malleraye avait cependant de la famille dans le Cotentin. Sa sœur Charlotte de Grymouville était toujours Dame d'Octeville où en mai 1657, à la mort de son mari Jacques Le Bourgeois, leur fils aîné Louis marié à Damoiselle Marie-Hélène du Mesnildot, devint seigneur et patron d'Octeville l'Avenel.

Le 1 février 1646, par contrat passé devant Gallot à Valognes, "Jacques le Bourgeois, seigneur et patron d'Octeville, avait fondé en la chapelle de la Victoire pour le 7 octobre, l'office de N.D. de la Victoire, première et deuxième vespres, matines et laudes et la Messe haute à diacre et sous-diacre, pour ce donna 10 L. tz de rente foncière : au curé 2 L. pour lui et son droit de chapelle, le surplus pour les prestres s'avoir 2 L à chaques vespres et 4 L. à matines, à Laudes et à la messe. On Chantera aussi l'antienne Memorae avant la messe et toutes les fois qu'on ira en procession à ladite chapelle.

Jusque' en 1643, cette Chapelle fort ancienne était connue sous le nom de chapelle du Castelley ou du Casteler ou encore du Castiller. Ce vocable " N.D. de la Victoire" date de la célèbre mission du P.. Eudes à Valognes en 1643.

 
 
C'est vers 1664 que Messire Louys Pierre de Grymouville, Marquis de la Mailleraye, passa de vie à trépas. Nous ignorons comment il avait pu laisser si obérée l'immense fortune laissée par Jacques de Grymouville. Son fils Louis mourut sans postérité à une date que nous ignorons, et en l'année 1687,Messire Bon Thomas Castel, marquis de St Pierre, devenait acquéreur de la Terre et Seigneurie de St Germain de Tournebu.