REF 041 - "Les gens d'Ici" - familles Aux Epaules / Fortescu ( par Gilles Perrault )

"Les gens d'Ici"
( par Gilles Perrault )

 
Suivent plusieurs paragraphes extraits de l'ouvrage, où l'auteur retrace l'histoire de Sainte-marie-du-Mont et du Cotentin en général. De l'arrivée des vikings en l'an 900, jusqu'au débarquement allié, il est intéressant de suivre la destinée de la famille AUX EPAULES, " fil conducteur " de l'ouvrage, alliée à celle des
FORTESCU au moins une fois, vivant dans le même village, et ayant combattu côte-à-côte, dans divers conflits.
p 52 : " L'un des nôtres était à Hastings : le noble sire de Fortescu.
Une tradition locale affirme que la famille reçut son nouveau patronyme, sinon à Hastings même, du moins lors d'une des batailles opiniàtres qu'exigea la pacification ultérieure de l'île. Guillaume, (le Conquérant) enveloppé d'adversaires, fut désarçonné et un Saxon s'apprêtait à l'achever quant un chevalier couvrit le duc de son bouclier et neutralisa l'agresseur.
Guillaume l'appela désormais
Fortecu en souvenir du solide écu qui lui avait sauvé la vie, et le nom lui resta.
L'anecdote risque d'être authentique car dans ces mêlées sauvages où les chefs chargeaient assurément avec leurs hommes (au soir d'Hastings, le casque de Guillaume est enfoncé jusqu'à ses oreilles à force d'avoir été martelé de coups) mais étaient protégés par une garde du corps prête à se faire hacher, tout combattant réussissant à mettre un personnage souverain en position scabreuse, ou à l'en sauver, entrait pour longtemps dans la légende populaire....."
p 53 : " C'est donc peut-être bien de chez nous qu' "issit" le bouclier qui sauva le duc Guillaume.
Les
Fortecu avaient leur résidence à Pouppeville, hameau situé en retrait du Grand-Vey, auquel sa position valait jadis d'être plus considérable que le bourg lui-même puisque tous les voyageurs passant le Vey devaient le traverser. Les érudits nous disent que le nom se serait constitué par la conjonction de Poppa, nom de femme germanique, et de villa, qui signifie domaine en latin : le domaine de Poppa. Ce serait l'une des rares traces de l'occupation franque, qui s'établit entre celle des Saxons et l'arrivée des Normands.
Pouppeville fut en vérité à l'origine de la commune puisque nous nous appelions en ces temps anciens Sainte-Marie-de-Pouppeville. Le cartulaire de Saint-Wandrille indique par exemple que Guillaume le Conquérant place cinq églises, dont Sainte-Marie-de-Pouppeville, sous la tutelle de l'abbaye de Saint-Wandrille. En 1145, une charte du pape Eugène II la met dans la dépendance de l'évêque de Coutances, ce que confirment ensuite le pape Urbain II et Henri II, roi d'Angleterre et duc de Normandie. Le déplacement du centre de gravité a commencé vers 1400. L'ancienne église, dont il ne reste que des vestiges, fut bientôt surpassée par celle du bourg pour sa beauté et sa capacité.
Les
Fortecu, peu chauvins, furent l'une des familles dont les offrandes financèrent la construction de notre clocher. Leur histoire n'a ni la durée ni l'éclat de celle des Aux Epaules. C'est peut-être qu'ils eurent moins de flair dans l'interminable partie de quitte ou double que fut chez nous la guerre de Cent Ans...."
p 55 - 56 : "...Guillaume Aux Epaules, jeune frère de Philippe, se trouva pris dans un autre conflit d'allégeance. ... Le roi de Navarre, qui avait de grands domaines en Normandie, était venu se jeter dans la guerre franco-anglaise...Notre Guillaume gardait pour le compte du Navarrais la citadelle du Pont d'Ouve, construite à l'initiative de Godefroy d'Harcourt sur l'une des rivières qui se jettent dans la baie des Veys. Dressées au milieu des marais de Carentan à un point de passage obligatoire, elle allait devenir pour des siècles le verrou du Cotentin. De sa tour, Guillaume pouvait apercevoir l'ancien clocher de notre église.
En 1363, le roi de Navarre choisissant l'alliance anglaise, notre seigneur "tourna françois" et déclara tenir la forteresse " pour et au nom du roy de France ". Celui-ci l'en remercia par des lettres patentes du 20 juin 1365 accordant " à son amé et féal chevalier Guillaume Aus Espaules 200 livres parisis à prendre et lever tant comme il vivra chacun an sur les escriptures des tabellionnages des villes de Coustances et de Saint-Lô, et ce en considération des bons et loyaux services qu'il lui a fais au temps es guerres et des grans pertes et domages qu'il a eus et soustenus pour le fait d'icelles guerres ".....
p 57 : "..... Délogé du pont d'Ouve par les anglais, rentré dans la forteresse avec l'aide de Duguesclin, Guillaume suit le célèbre capitaine dans sa guérilla itinérante. Nous le retrouvons dix ans plus tard, en 1374, au siège du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, repaire de Godefroy d'Harcourt et citadelle anglaise plantée au coeur du Cotentin. Il a l'infortune d'être capturé et rançonné. Le roi de France devait tenir à lui car il écrit le 14 février 1375 : " Charles, par la grâce de Dieu, roy de France....pour considération des bons et agréables services que notre aimé et féal chevalier Guillaume Aus Espaules nous a fait en nos guerres, au cours desquelles il a été naguère pris devant Saint-Sauveur, et est encore prisonnier de nos ennemis qui y sont, et pour luy aider à payer sa rançon, nous lui avons donné de grâce spéciale et donnons par la teneur de ces lettres cinq cents francs d'or." ....Le roi de France entra en négociation pour obtenir son évacuation à prix d'argent et le sort de notre guillaume fut compris dans l'accord final...."
p 58 : ".... En 1415, Henry V d'Angleterre débarque de nouveau en France, triomphe à Azincourt, investit ensuite la Normandie. Le capitaine de la forteresse du pont d'Ouve est cette fois Jehan de Fortecu, seigneur de Pouppeville. Moins vaillant que ses voisins Aux Epaules, il rend la place le 13 mars 1417 sans trop se faire prier, négociant avec les officiers anglais, Jean de Robessart et Guillaume de Beauchamps, une reddition satisfaisante sinon honorable : " Chevaliers et écuyers emporteront leurs armures vêtues et emmeneront leurs chevaux mais laisseront les canons, poudres, arcs arbalètes, flèches, viretons, banderoles et généralement les armes qui servaient à sauvegarder la forteresse... Accordons à tous ceulx, dans les conditions ci-dessus, la libre possession de tous leurs biens : meubles, héritages, terres, tant dedans ledit chastel, comme dehors."
"
Fortecu n'est pas unique : la noblesse du pays collabore et le peuple n'aspire qu'à la paix, qu'elle soit anglaise ou française...."
" Cent dix-neuf têtes dures s'enferment au Mont-Saint-Michel avec un millier de manants, des armes, des vivres, de l'eau, et la belle devise : "Là où est l'honneur, là est la patrie.» Neveu de Philippe Aux Epaules qui s'était illustré à Crécy, fils de Guillaume qui avait combattu sous Duguesclin, notre seigneur Guillaume Aux Epaules est l'un des cent dix-neuf résistants.....
Le siège, commencé en 1424, dure encore dix ans plus tard....En 1434, les Anglais décident d'en finir avec le Mont. Ils couvrent la grève de machines de guerre et lancent des milliers d'hommes à l'assaut des remparts ; la marée emportera, avec leurs cadavres, les ultimes espoirs anglais d'emporter la butte indomptable. Les cents dix-neuf entrent dans la légende mais notre Guillaume Aux Epaules meurt au rempart du Mont......."
p 79 : ..... " Il ne reste pratiquement rien de l'église. On ne sait même plus où habitaient les Fortecu"...
 


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